SFAX pendant la Seconde Guerre mondiale
- Les bombardements -
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reconstruction


La  rue de la République
(Photos R. Marcelon - Sfax - Collection Monique Juyoux)




Puis, le 29 novembre 1942 à 12 h 30 , eut lieu le premier bombardement sur la ville. 
Les avions américains, des bimoteurs à double dérive Mitchell B25, arrivèrent à basse altitude par la mer. On voyait très bien les bombes tomber sur le port et la gare déclenchant le fracas des explosions à leur arrivée sur le sol. Si certains furent satisfaits de voir que l’occupant était ainsi châtié, ils déchantèrent vite car ce bombardement fut suivi de 44 autres, le dernier ayant eu lieu le 8 avril 1943. De très nombreux Sfaxiens se réfugièrent alors hors de la ville, soit chez de la famille ou des amis, soit dans des villas dont il étaient propriétaires ou qu'ils louèrent.





Un B25, en pleine action

L'étiquette de bombe d'un B17





Ce ne fut plus que très rarement que les attaques eurent lieu à basse altitude. Les quadrimoteurs B17 américains (forteresses volantes) larguaient leur chargement de bombes de 4 ou 5 000 m d’altitude, ce qui faisait que ce que l’on qualifie aujourd’hui de dégâts collatéraux, étaient supérieurs aux coups au but. Encore que les mauvaises langues disaient que pour les aviateurs américains, toute bombe tombant dans un rayon de 5 km autour de l’objectif était un coup au but. 

Tout le vieux quartier entre les remparts et le boulevard de France (l’ancien r'bat) ne fut plus qu’un champ de ruines. Les collèges de filles et de garçons furent touchés. Dans ce dernier 8 classes et le bâtiment de l’internat furent détruits. Des bombes atteignirent :

  • des villas à Moulinville ou à Picville à plus d’un kilomètre de la gare ;
  • le jardin public, encore plus éloigné ;
  • et la ville arabe lors du bombardement du 28 janvier 1943.

Bien que bon nombre de Sfaxiens aient, dans les 15 jours qui suivirent le premier bombardement, évacué le centre ville pour se réfugier dans la zone des jardins en périphérie, à la libération de Sfax on recensait plus de 1 200 civils tués. Certains en effet, firent le choix de rester et de se réfugier aux premières alertes dans les caves.

Un des bombardements les plus meurtriers (probablement le second) eut lieu à 11 h 30 au tout début du mois de décembre. Les bombes tombèrent au milieu d’un marché tunisien se tenant entre le cimetière arabe, le camp militaire et le deuxième passage à niveau de la voie de chemin de fer de Sfax à Gafsa. Il y avait beaucoup de monde ce qui entraîna donc de très nombreuses victimes.

Parmi les édifices importants qui furent atteints nous citerons : 
le Théâtre (le 30/12/1942 à 14.30 heures), 
l’Église cathédrale
la grande Synagogue (rue de la synagogue) , 
la Mosquée El Ajouzaine (le 28/01/1943), 
le Temple protestant, l’Église grecque, les collèges de garçons et de filles, le commissariat de police jouxtant l’hôtel de ville, l’immeuble Taktak, les ateliers de la SFEM…..etc. 
Par contre, la Poste, l’immeuble du Sfax-Gafsa, le Contrôle civil, le bâtiment de la gare, le palais Ben Romdane, l’hôtel des Oliviers et l’Hôtel de ville furent épargnés. 




Cette impressionnante vue aérienne dénonce l'ampleur des dégâts.  
On distingue à l'intérieur du cercle rouge, le site de l'usine électrique.




Les raids menés par la Royal Air Force étaient beaucoup plus ciblés et précis. Nous en citerons deux :

Ainsi, lors du premier le 15 décembre 1942 les B24 (Liberator) du 376e groupe de bombardement s'en prirent aux installations ferroviaires. Après leur passage, les ateliers de réparation du Sfax-Gafsa étaient en flammes, mais on ne déplorait q
u’un seul blessé civil. Sur les 72 bombes larguées, 69 tombèrent sur l’objectif assigné, ce qui passe pour être un record en matière de précision.





Le 5 janvier 1943, les B17 et P38 de la 12e Air Force réduisirent à néant l’usine électrique proche du Collège technique (une vingtaine de bombes sur une surface d’environ 40 000 m2 : de la belle ouvrage, là aussi !). Pour les Sfaxiens, ils avaient été le fait d'aviateurs anglais.

Le 14 janvier 1943, 26 B17 escortés de 17 P38S de cette même
12e Air Force attaquent port et docks lançant d'une altitude de plus de 7 000 m 253 bombes d'un poids de 182 kg pièce.

Nous vous invitons à lire sur ces effroyables journées de janvier 1943, le texte suivant extrait du livre de Georges-Marie Veyssi : "Les dalles du torrent" - Éditions : "la pensée universelle".

Jusqu'à la veille de l'arrivée des libérateurs de la ville, les bombardements continuèrent, tout aussi violents. La nuit du mardi au mercredi 6 avril 1943, les bombes firent plus d'une centaine de morts en centre ville. Certains habitants crurent, trop confiants, que le danger s'éloignait avec l'avancée des troupes alliées. Toute la famille Damato, à l'exception de leur fille Marcelle perdit ainsi la vie dans les décombres de leur immeuble.